Oil pumps with Iranian flag. Oil production with Iran flag, petrol industry
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La Belgique plus exposée que la moyenne de l’UE au conflit du Moyen-Orient

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Le choc énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient risque d’avoir de graves conséquences économiques. Cependant, l’estimation de ces conséquences n’est pas aisée. Outre le fait que nous ne connaissons pas la durée du conflit, il existe une multitude de canaux de transmission, chacun d’entre eux étant associé à un impact incertain. Dans cette note économique, nous mettons l’accent sur les chiffres relatifs aux canaux de transmission directs, ce qui donne une idée de la sensibilité relative des pays de l’UE au conflit. Ils montrent que la guerre n’affectera pas toutes les économies européennes de la même manière. Des mesures telles que l’intensité énergétique du PIB et la consommation d’énergie des ménages montrent que la Belgique est relativement plus sensible au choc énergétique que la moyenne de l’UE. En termes d’échanges directs de marchandises avec le Moyen-Orient, l’exposition de la Belgique est plutôt moyenne dans une perspective européenne. Outre l’impact un peu plus important sur la croissance économique, le choc énergétique est également susceptible d’entraîner une hausse de l’inflation globale belge plus importante que la moyenne européenne.

La guerre au Moyen-Orient représente un choc énergétique négatif important pour les économies européennes. Il s’accompagne de pressions à la baisse sur la croissance économique et de pressions inflationnistes à la hausse.  Plus précisément, le conflit fait craindre une stagflation, c’est-à-dire la combinaison d’une croissance stagnante (stagnation) et d’une inflation élevée. L’ampleur de l’impact sur la croissance et l’inflation reste difficile à estimer pour l’instant et dépend principalement de l’ampleur de l’escalade du conflit, de sa durée éventuelle et des dommages causés à la capacité de production d’énergie.

L’impact dépend également de la vulnérabilité de l’économie au choc en question. Pour s’en faire une idée, il faut examiner les différents canaux par lesquels le choc se répercute sur l’économie. Ceux-ci sont nombreux et peuvent être à la fois directs et indirects. Pour une économie ouverte comme celle de la Belgique, avec des finances publiques précaires, les canaux indirects peuvent devenir très importants (par exemple, si les taux d’intérêt augmentent encore fortement ou si l’économie mondiale subit des dommages structurels plus importants). Dans cette note économique, nous décrivons les principaux canaux directs.

Canal de transmission 1 – Dépendance énergétique

Le principal canal de transmission direct concerne l’impact de la hausse des prix et de la baisse de la disponibilité de l’énergie, en particulier du pétrole et du gaz. La mesure dans laquelle ces facteurs affectent l’économie dépend de ce que l’on appelle l’intensité énergétique du produit intérieur brut (PIB). Il s’agit de la quantité d’énergie nécessaire pour créer une unité de volume du PIB. Au cours des dernières décennies, l’intensité énergétique a diminué dans tous les pays de l’UE, car l’économie s’est davantage orientée vers les services et le reste de l’industrie est devenu plus efficace sur le plan énergétique (voir figure 1). En Belgique, cependant, elle reste relativement élevée, surtout par rapport aux pays voisins. En 2024, elle était encore supérieure de 25,6 % à la moyenne de l’UE. Aux Pays-Bas, en Allemagne et en France, elle était respectivement de 5,1 %, 18,8 % et 4,9 % inférieure à la moyenne de l’UE.

Pour les entreprises, le choc énergétique réduit la production, dans la mesure où la moindre disponibilité de l’énergie entrave leur activité, et réduit la rentabilité, dans la mesure où elles ne peuvent pas (entièrement) répercuter la hausse des prix de l’énergie sur leurs prix de vente. Cette dernière situation peut alors conduire à une réduction des investissements ou, dans la mesure où les activités deviennent déficitaires, à leur cessation ou à leur délocalisation. Pour les ménages, le choc affecte leur revenu disponible réel et entraîne donc une baisse de la consommation (à moins qu’ils ne réduisent leur taux d’épargne). L’ampleur de l’effet sur le revenu dépend en partie de la quantité d’énergie qu’ils consomment. Au cours des dernières décennies, la consommation finale d’énergie des ménages, exprimée par habitant, a également fortement diminué. En Belgique, cette baisse a été encore plus importante que dans la plupart des autres pays de l’UE (voir figure 2). Mais là encore, le chiffre belge reste largement supérieur (18,1 %) à la moyenne de l’UE. Aux Pays-Bas et en France, la consommation était respectivement inférieure de 28,7 % et de 15,0 % à la moyenne de l’UE, tandis qu’en Allemagne, elle était supérieure de 47,1 %. L’effet sur le revenu réel dépend également de la mesure dans laquelle l’énergie plus chère se répercute sur les prix d’autres produits (voir l’encadré au bas de la présente note économique).

Du côté positif, en termes absolus, la consommation quotidienne de pétrole et de gaz en Belgique est en baisse depuis 2010 (voir figure 3). Cependant, les combustibles fossiles représentent toujours une part importante de l’énergie totale disponible.1 En 2024, cette part était de 75,6 %, contre 68,6 % dans l’UE. Les entreprises et les ménages belges sont non seulement relativement plus sensibles au choc énergétique (fossile) que la moyenne de l’UE, mais la dépendance de la Belgique à l’égard des importations d’énergie est également relativement élevée du point de vue de l’UE. Cette dépendance est définie comme les importations nettes d’énergie par rapport à la consommation totale d’énergie. En Belgique, ce ratio est de 75,4 % en 2024. Ce chiffre est bien supérieur à la moyenne de l’UE (57,2 %) et également plus élevé que dans les pays voisins, à savoir les Pays-Bas (69,3 %), l’Allemagne (66,7 %) et la France (41,7 %) (voir figure 4). Ce chiffre relativement élevé rend la Belgique relativement vulnérable à une baisse de la disponibilité de l’énergie étrangère.

Canal de transmission 2 – Commerce direct

Le commerce direct de la Belgique avec le Moyen-Orient consiste principalement en des importations de matières premières minérales, à savoir des produits pétroliers et gaziers. Ses importations potentiellement plus faibles font partie du choc d’approvisionnement énergétique évoqué plus haut. La Belgique joue un rôle central en tant que plaque tournante du gaz européen, avec principalement le transit de gaz GNL, qui arrive au terminal de Zeebrugge, vers l’Allemagne et la France. En 2024, la part du Moyen-Orient dans les importations totales de gaz naturel de la Belgique était de 14,7 %. Pour le pétrole et les autres produits pétroliers, la part était plus faible (8,7 %), ce qui correspond à peu près à la moyenne de l’UE (voir figure 5).

Outre le pétrole et le gaz, le conflit au Moyen-Orient réduit également l’ensemble des échanges de marchandises avec la région. En 2025, les exportations belges vers le Moyen-Orient et les importations en provenance de cette région s’élevaient respectivement à 12,1 et 6,7 milliards d’euros, soit 1,9 % et 1,1 % du PIB de la Belgique. Par rapport aux exportations et importations totales de biens de la Belgique, ces chiffres sont respectivement de 2,4 % et 1,4 %, ce qui correspond à peu près à la moyenne de l’UE (voir figures 6 et 7). En termes de type de marchandises, la Belgique importe du Moyen-Orient, outre le pétrole et le gaz, des pierres et des métaux précieux, d’autres métaux (y compris l’aluminium), des produits chimiques, des produits pharmaceutiques et des textiles. Les exportations belges vers la région se composent principalement de pierres et métaux précieux, de machines, de produits chimiques, de produits pharmaceutiques, d’équipements de transport et de produits alimentaires.

La réduction des échanges est en partie due à la fermeture du détroit d’Ormuz et à l’arrêt du trafic aérien avec le Moyen-Orient. Si le pétrole et le gaz attirent souvent l’attention, l’impact sur la logistique des conteneurs est au moins aussi profond. Le golfe Persique représente 3,4 % du volume mondial de conteneurs. En outre, le conflit entraînera sans aucun doute une baisse de la demande dans la région. D’un point de vue plus général, le conflit pourrait également perturber gravement les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ces dernières années, par exemple, le Moyen-Orient est devenu un important centre de transit pour le transport de marchandises entre la Belgique et l’Asie. Actuellement, les entreprises pharmaceutiques belges en particulier semblent déjà souffrir d’une perturbation du fret aérien.

Canal de transmission 3 – Confiance

La guerre au Moyen-Orient peut également avoir un impact sur l’activité économique par le biais d’une érosion de la confiance des consommateurs et des entreprises. Le conflit vient s’ajouter à l’incertitude géopolitique déjà élevée causée par la guerre en Ukraine et le chaos tarifaire initié par le président américain Trump. Une incertitude persistante et multiforme tend à rendre les consommateurs et les entreprises plus prudents dans leurs dépenses. L’effet peut être en partie psychologique. Par exemple, la couverture médiatique abondante du conflit de guerre provoque potentiellement des réactions de panique, ce qui incite les personnes et les entreprises à freiner la consommation et l’investissement. Cependant, la transmission de la perte de confiance aux dépenses effectives est une interaction complexe de facteurs et donc difficile à estimer. L’effet de confiance peut se manifester moins fortement que prévu en raison de circonstances atténuantes (telles que le soutien du gouvernement ou l’indexation automatique des salaires et des prestations sociales).

La dernière enquête sur la confiance des consommateurs, réalisée après le début de la guerre le 28 février, montre déjà une baisse considérable. En mars, la confiance des entreprises s’est à peine redressée après la forte baisse de février (voir graphique 8). Si la guerre au Moyen-Orient devait se poursuivre pendant un certain temps et/ou s’intensifier, la confiance devrait continuer à se détériorer dans les mois à venir. La probabilité que cette situation se répercute ensuite sur les dépenses effectives devient de plus en plus grande, d’autant plus que l’indexation automatique des salaires sera plafonnée en 2026 à 4 000 euros de salaires bruts et que le gouvernement ne sera plus en mesure d’apporter un soutien financier suffisant aux ménages et aux entreprises en raison de la situation difficile des finances publiques.

Estimation de l’impact sur la croissance du PIB

Il est extrêmement difficile d’estimer les effets des différents canaux de transmission sur la croissance économique en Belgique. L’incertitude élevée quant à la durée du conflit au Moyen-Orient joue un rôle particulier à cet égard. En effet, il détermine également l’évolution des prix de l’énergie, ainsi que son impact sur l’inflation générale (voir également le texte encadré au bas de cette Note économique). Notons que même sans le déclenchement du conflit, nous aurions procédé à des ajustements limités à la baisse de nos prévisions de croissance pour l’économie belge. En effet, comme le taux de croissance trimestriel pour le quatrième trimestre 2025 s’est avéré plus faible (0,1%) que dans l’estimation flash précédente de l’Institut des Comptes Nationaux ICN (0,2%), la retombée statistique de 2025 à 2026 est également plus faible.2 De plus, les indicateurs de confiance (ceux de l’industrie manufacturière en particulier) se détérioraient déjà avant la guerre.

Dans l’ensemble, KBC Economics table désormais sur une croissance du PIB réel de 0,6 % en 2026. Dans notre scénario de février, nous supposions encore que la croissance belge serait de 1,1 %. Cet ajustement à la baisse (de 0,5 point de pourcentage) est légèrement plus important que celui que nous avons effectué pour la zone euro (de 0,4 point de pourcentage, de 1,1 % à 0,7 %). Pour 2027, nous supposons une reprise progressive de la croissance, en partant de l’hypothèse que le conflit au Moyen-Orient est un choc temporaire. Néanmoins, nous abaissons également l’estimation de la croissance pour cette année-là, de 1,3 % à 1,1 % pour l’économie belge et de 1,4 % à 1,3 % pour l’économie de la zone euro.

Les perspectives mentionnées sont entourées d’une incertitude beaucoup plus grande que d’habitude. Le principal risque à la baisse concerne une nouvelle escalade et/ou une longue durée de la guerre, avec des dommages importants aux infrastructures énergétiques locales. Le conflit peut également entraîner des “effets de cicatrisation” (c’est-à-dire des dommages permanents) plus importants que prévu, dans la mesure où la fin de la guerre impliquerait néanmoins des prix de l’énergie nettement plus élevés que ceux d’avant la guerre. Les risques très élevés, avec des conséquences économiques potentiellement graves, sont un nouveau signal d’alarme pour la Belgique, qui reste très dépendante des énergies fossiles, et un argument en faveur de l’accélération de la transition énergétique.

Encadré 1 – Impact du conflit au Moyen-Orient sur l’inflation belge

Comme pour les chocs précédents, l’ampleur de l’impact du choc des prix de l’énergie provoqué par le conflit au Moyen-Orient sur l’inflation globale variera d’un pays de l’UE à l’autre. Cet impact dépend, d’une part, de la mesure dans laquelle les prix plus élevés du pétrole et du gaz influencent la composante énergétique de l’IPCH et, d’autre part, du poids de cette inflation énergétique dans l’IPCH.3 Les augmentations de prix d’autres produits de base provenant de la région, tels que l’aluminium, l’hélium et les engrais, sont également en jeu. Ce dernier risque de faire grimper les prix des denrées alimentaires. L’hélium est important pour la production de puces électroniques. Enfin, les différences entre les pays concernant les éventuels effets de second tour (par exemple, via l’augmentation des salaires ou la répercussion de la hausse des prix du pétrole et du gaz sur un grand nombre d’autres produits) entrent également en ligne de compte.Au cours des dernières décennies, les fluctuations de l’inflation des prix de l’énergie en Belgique ont été nettement plus fortes qu’en moyenne dans l’UE. Cela a été particulièrement vrai durant les périodes de crise énergétique précédentes, comme celle de 2022. Plus précisément, entre 2000 et 2025, la volatilité de l’inflation des prix de l’énergie (mesurée par l’écart-type) n’a été nulle part plus élevée dans l’UE qu’en Belgique (voir figure B1). De ce fait, l’inflation IPCH globale a également eu tendance à réagir plus fortement aux fluctuations des prix de l’énergie. On peut supposer que ce sera également le cas cette fois-ci.

Toutefois, la traduction de l’inflation énergétique en inflation globale est “adoucie” par le fait que le poids de l’énergie dans l’IPCH global, qui sera utilisé en 2026, a considérablement diminué. Au cours des deux dernières décennies, cette pondération en Belgique était le plus souvent supérieure à celle applicable à l’ensemble de la zone euro. En 2026, il est inférieur (voir figure B2) et le poids de l’énergie dans l’IPCH en Belgique figure même parmi les chiffres les plus bas de la rangée des pays de l’UE (voir figure B3). D’autre part, la Belgique est plus vulnérable que d’autres pays européens aux effets de second tour en raison du mécanisme d’indexation automatique. De ce fait, les hausses de prix se traduisent par une augmentation des salaires plus rapidement que dans la plupart des pays de l’UE.

Dans l’ensemble, les perspectives actuelles de KBC Economics (scénario de mars) supposent que l’inflation belge atteindra en moyenne 3,3 % en 2026. C’est 1,4 point de pourcentage de plus que ce que nous avions prévu un mois plus tôt (scénario de février). Pour la zone euro, nous voyons maintenant l’inflation totale pour 2026 à 2,7 % en moyenne, soit 0,9 point de pourcentage de plus qu’avant le début du conflit au Moyen-Orient (scénario de février). En supposant toujours que le conflit soit un choc temporaire, nous voyons l’inflation belge et celle de la zone euro tomber à 1,7 % et 1,9 % en moyenne en 2027, respectivement.

 

 

 

1  Il convient de noter qu’une forte intensité énergétique du PIB (figure 1) ou une forte consommation d’énergie par les ménages (figure 2) n’implique pas nécessairement une forte vulnérabilité au choc actuel. Une part importante de sources d’énergie autres que le pétrole et le gaz peut réduire cette vulnérabilité. Par exemple, l’intensité énergétique très élevée du PIB en Bulgarie s’accompagne d’une forte production d’électricité à partir de charbon et de lignite. En Finlande, la consommation d’énergie très élevée s’accompagne d’une forte consommation d’énergie renouvelable.

2 Cet effet (également appelé “overhang”) reflète la part de la croissance annuelle de l’année en cours qui a déjà été acquise uniquement en raison de la dynamique trimestrielle du PIB au cours de l’année précédente.

3 Dans tout cela, le fonctionnement spécifique du marché des produits énergétiques de détail joue également un rôle (par exemple, la réglementation gouvernementale, le nombre de contrats d’énergie fixes par rapport aux contrats d’énergie variables,…).

 

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Toute opinion formulée dans cette publication représente l’opinion personnelle de l’auteur ou des auteurs. Any opinion expressed in this KBC Economic Opinions represents the personal opinion by the author(s). Ni la mesure dans laquelle les scénarios, les risques et les pronostics présentés reflètent les prévisions du marché, ni la mesure dans laquelle ils seront corroborés par la réalité ne peuvent être garanties. Les prévisions sont fournies à titre purement indicatif. Les données de cette publication sont générales et purement informatives. Elles ne peuvent être considérées comme des recommandations en investissement. La durabilité fait partie de la stratégie commerciale globale de KBC Group NV (voir https://www.kbc.com/fr/durabilite-de-l-entreprise.html). Nous tenons compte de cette stratégie dans le choix des sujets de nos publications, mais une analyse approfondie de l'évolution économique et financière nécessite d'aborder une plus grande variété de sujets. Cette publication relève de la ‘recherche en investissements’, telle que visée par la loi et la réglementation sur les marchés d’instruments financiers. Toute transmission, diffusion ou reproduction de ces informations, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit, est interdite sans l’autorisation expresse, préalable et écrite de KBC Groupe SA. KBC et CBC Banque SA ne peut être tenu responsable de leur exactitude ou de leur exhaustivité.

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