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Perspectives économiques pour la Belgique 

Le ralentissement de la croissance du PIB de la Belgique, qui est passée de 0,5 % au premier trimestre à 0,2 % au deuxième trimestre 2022, s'est confirmé. L'affaiblissement du deuxième trimestre est principalement dû aux performances médiocres du secteur industriel (-0,2%). Dans la construction et le secteur des services, la croissance de l'activité économique est restée positive, mais a ralenti à 0,3 %. Une fois encore, la croissance des investissements a été faussée par un certain nombre d'opérations spécifiques. Les investissements des administrations publiques (+5,2%) ont été soutenus par l'achat d'un avion par le ministère de la Défense. La croissance des investissements des entreprises (-2,3%) a été à son tour affectée par quelques transactions d'achat de navires (étrangers) au premier trimestre. L'investissement en logement, impacté par la hausse des taux d'intérêt, a légèrement reculé (-0,4%). La consommation des ménages a surpris positivement (+0,7%) malgré la hausse des prix de l'énergie et l'effondrement de la confiance sur fond de guerre en Ukraine. Vraisemblablement, la réouverture de l'économie après la pandémie a encore soutenu la demande des consommateurs. Les exportations nettes ont eu une contribution négative à la croissance, les exportations s'étant contractées plus fortement (-0,6%) que les importations (-0,4%) en termes réels. 

Entre-temps, les vents contraires à l'économie se sont clairement intensifiés. La flambée des prix de l'énergie, combinée à l'indexation décalée des salaires, diminue, au moins temporairement, le pouvoir d'achat des ménages. Nous pensons que cela conduira à une contraction de la consommation privée au second semestre de l'année. Certains indicateurs avancés vont dans ce sens. Par exemple, dans l'indicateur de confiance des industriels publié par la Commission européenne, les entreprises belges signalent une augmentation du manque de demande. Bien qu'elle ne soit pas encore problématique, la situation sur le marché du travail s'est également détériorée. La création d'emplois est restée assez robuste au deuxième trimestre, avec 29 300 emplois nets créés (+0,6 % par rapport au trimestre précédent). Mais les données sur le chômage se sont clairement inversées à la hausse. Le taux de chômage harmonisé est passé de son plus bas niveau de 5,3 % en février à 5,9 % en juillet. En outre, la variation annuelle du nombre de demandeurs d'emploi a presque atteint le territoire positif en août (voir graphique BE1).

L'incertitude macroéconomique croissante et l'escalade des coûts de production sont également susceptibles de peser sur la croissance des investissements au cours du trimestre actuel et du prochain trimestre. Plus généralement, ce sont les secteurs industriels (à forte intensité énergétique) qui souffriront le plus de la dégradation de la situation, en raison de leur forte dépendance (directe ou indirecte) au gaz naturel. En outre, les entreprises orientées vers l'exportation seront également touchées, car la répercussion des augmentations salariales relativement élevées aggrave leur position concurrentielle. Depuis le début de l'année, l'évaluation du niveau des carnets de commandes à l'exportation s'est déjà détériorée relativement plus en Belgique que dans la zone euro (voir graphique BE2). La contribution des exportations nettes à la croissance devrait donc devenir encore plus négative au cours du présent et du prochain trimestre, la baisse des exportations étant plus importante que celle des importations.

Entrée en récession

Au total, nous nous attendons à ce que le taux de croissance trimestriel du PIB réel devienne négatif au troisième et au quatrième trimestre (près de -0,2 % par trimestre dans les deux cas). Cela signifie que l'économie belge entre dans une récession dite technique (c'est-à-dire deux trimestres consécutifs de croissance négative), avec des effets de contagion jusqu'en 2023. Alors que la croissance annuelle du PIB en 2022 sera encore substantielle, à un taux attendu de 2,3% grâce à un important effet de report de la croissance élevée de 2021 et du premier semestre de 2022, une croissance très faible en 2023 est une quasi-certitude. Plus précisément, nous avons légèrement revu à la baisse les perspectives de croissance pour 2023, à 0,2 %, contre 0,3 % prévu en août. Nos chiffres pour 2022 et 2023 sont tous deux inférieurs aux prévisions de croissance récemment mises à jour par le Bureau fédéral du Plan, qui s'établissent respectivement à 2,6 % et 0,5 %.

L'inflation belge basée sur l'IPCH était de 10,5% en août, ce qui implique une stabilisation par rapport aux deux mois précédents (10,4% en juillet et 10,5% en juin). L'inflation pour les produits énergétiques a quelque peu diminué ces derniers mois, tandis que l'inflation pour les autres produits a continué à augmenter. Alors que l'inflation devrait rester élevée au cours des prochains mois, nous prévoyons un net ralentissement de l'inflation dans le courant de 2023. Les prix de l'énergie restent élevés mais se replient quelque peu après l'hiver. Néanmoins, l'inflation moyenne de l'IPCH restera élevée également l'année prochaine (4,2% prévu), après le chiffre moyen particulièrement élevé de 2022 (prévu à 9,3%). Ces deux chiffres ont été revus à la hausse par rapport aux prévisions d'inflation du mois dernier.

Il convient de souligner que les risques entourant ce scénario sont élevés. Tout d'abord, le stock limité de réserves de gaz rend l'économie belge fortement dépendante de l'approvisionnement externe en gaz au jour le jour. Plus généralement, la Belgique combine une consommation totale d'énergie par habitant élevée avec une forte dépendance aux importations d'énergie, ce qui rend le pays assez vulnérable à la crise énergétique actuelle. Deuxièmement, la perte de compétitivité en cas de maintien d'une inflation relativement élevée et d'une forte indexation des salaires pourrait avoir des effets négatifs à plus long terme sur les performances à l'exportation de la Belgique. Enfin, si une certaine adaptation budgétaire aux chocs énergétiques est inévitable à court terme, il est essentiel de préserver la viabilité de la dette publique. À ce titre, des efforts d'assainissement structurel seront nécessaires à moyen terme.

Prévisions économiques septembre 2022

Comptes nationaux (croissance réelle en %)

  2021 2022 2023
Consommation privée 6,4 4,2 0,9
Consommation publique 4,4 1,6 1,5

Investissements en capital fixe

7,8 -1,1 1,9

Investissements des entreprises

8,0 -2,0 1,9

Investissements publics

2,6 -3,5 3,6
Investissements en construction 10,0 3,1 1,2
La demande intérieure finale (hors variation des stocks) 6,3 2,2 1,3
Variation des stocks (contribution à la croissance) -0,5 0,4 0,0
Exportations de biens et de services 9,6 3,2 -0,5
Importations de biens et de services 9,1 3,5 0,8
       
Produit intérieur brut (PIB) 6,2 2,3 0,2
       
Revenu disponible des ménages 1,8 -0,1 1,5
Taux d'épargne brut des ménages (en % des revenus disponibles) 16,4 13,2 13,8

Indicateurs d'équilibre

  2021 2022 2023
Inflation (hausse annuelle moyenne, en %)      

Prix à la consommation 

3,2 9,3 4,2

Indice santé

2,0 9,0 5,2
       
Marché du travail      

Emploi intérieur (variation en cours d’année, en ‘000)

109,5 59,4 22,5

Taux de chômage (fin d’année, définition Eurostat)

5,6 6,0 6,2
       
Finances publiques (en % du PIB, avec les politiques actuelles)      

Solde de financement

-5,5 -5,0 -5,1

Dette publique

108,2 105,7 108,5
       
Comptes nationaux (croissance réelle en %) -0,4 -3,0 -3,5
       
Prix des maisons (variation au cours de l’année, logements existants et nouveaux, en %) 7,1 5,0 2,5

Autres prévisions et mises à jour

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