La décision américaine compromet un cessez-le-feu fragile
Après un échange de reproches mutuels sur l’échec des négociations entre les États-Unis et l’Iran à Islamabad, la partie américaine a augmenté la pression militaire. Selon le vice-président américain J. D. Vance, il était impossible de parvenir à un accord, car l’Iran a refusé de renoncer à ses ambitions nucléaires. Selon la délégation iranienne, l’équipe américaine n’a pas réussi à instaurer la confiance. Il s’agissait plus d’imposer des exigences unilatérales que de négocier. Le plan en 10 points contradictoire de l’Iran et la proposition américaine en 15 points constituaient de toute façon une base de négociation faible.
En principe, les deux parties ont encore plus d’une semaine entière pour faire une nouvelle tentative dans le cadre du cessez-le-feu actuel. La décision américaine de bloquer le détroit d’Ormuz n’est pas de nature à renforcer la confiance déjà fragile. Lassé du système de péage arbitraire, le président américain Trump passe à une politique “ouvert pour tous ou fermé pour tous”. À partir de cet après-midi (16h), la marine américaine bloquera tout le trafic depuis les ports iraniens et à destination de ceux-ci. Elle souhaite entre-temps détecter et neutraliser les mines éventuelles dans le détroit. Cette approche assèchera rapidement les revenus (pétroliers) iraniens. Il est extrêmement douteux qu’après cinq semaines de guerre, l’Iran soit sensible à cette pression financière limitée.
Le blocus pourrait rapidement se retourner contre les États-Unis, de deux manières: premièrement, en exacerbant la crise énergétique qui continue de s’étendre et deuxièmement, parce que la réaction iranienne ne s’est pas fait attendre. Toute tentative d’approche du passage (par des navires “hostiles”) sera considérée comme une violation du cessez-le-feu et fera l’objet d’une riposte. Ainsi, aucun port du golfe Persique n’est plus sûr. Et le président Trump de faire monter les enchères en répétant qu’il pourrait rayer l’Iran de la carte.
Ce matin, le prix du pétrole essuie le gros de l’impact. Le prix d’un baril de pétrole brut Brent (contrat de juin) passe de 94 USD à 102 USD. Les prix du gaz européens augmentent également, d’environ 8%. Les principales bourses européennes restituent 1% de la liquidation forcée des positions courtes (“TACO short squeeze”) de la semaine dernière (+5%). Pour l’instant, les investisseurs s’en tiennent au délai de négociation restant dans le cadre du cessez-le-feu, tout en réalisant qu’il en faut très peu pour y mettre fin. Les taux européens grimpent de quelques points de base. Cela fait un moment que nous avons passé le point de non-retour jusqu’auquel il aurait encore pu s’agir d’une crise énergétique de courte durée. Chaque jour où le conflit se poursuit, avec la hausse associée des prix de l’énergie, l’impact sur le niveau général des prix et sur l’économie réelle s’aggrave. Il y a peu, les banquiers centraux ont déjà laissé entrevoir leurs intentions. La nouvelle fonction de réaction consistera en un resserrement rapide et limité de la politique monétaire, tant comme fonction de signal que pour compenser les risques d’inflation à la hausse. Le marché monétaire européen est actuellement partagé à 50/50 sur la question d’un premier relèvement des taux de la BCE à la fin de ce mois. Une action en été ne fait plus de doute. Cette semaine, la présidente de la BCE Lagarde et le chef de la BoE Bailey s’exprimeront lors des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Washington. Leurs discours pourront avoir un impact décisif sur les attentes. Une chose est sûre: il y a une plancher solide sous le marché des taux d’intérêt. Sur le marché des changes, le dollar enregistre des gains limités en raison de la hausse du prix du pétrole. Le cours EUR/USD esquisse un mouvement de recul peu significatif sur le plan technique, de 1,1720 à 1,1680.
Le pétrole brut Brent remonte au-dessus de 100 USD/baril