Gorton et Denton font vaciller Starmer.
À combien de déconvenues un Premier ministre peut-il réellement survivre ? Depuis son éclatante victoire aux élections de juillet 2024, le premier ministre britannique, Keir Starmer, n’a que rarement fait l’objet de nouvelles positives. Rébellion interne, revirements politiques coûteux et la plus forte augmentation d'impôts en trente ans. Le jugement des Britanniques est sans appel : dans un récent sondage, 73 % d'entre eux estiment que Starmer fait un travail médiocre. Lors du Mandelson gate en début d'année, plusieurs têtes importantes étaient tombées, mais il était parvenu à sauver la sienne. Les élections spéciales d’hier viennent de lui infliger un nouvel uppercut. Starmer se tient aujourd"hui chancelant dans le coin du ring, mais il est toujours sur ses deux jambes. Son adversaire, les élections locales de mai, se prépare à lui donner le coup de grâce.
Gorton et Denton. Tels sont les noms des deux personnes à la base du derniers revers subi par Starmer. Dans cette circonscription, le siège au parlement était occupé par Andrew Gwynne jusqu’à la fin du mois dernier. Comme tous ses prédécesseurs au cours des 90 dernières années (et plus), Gwynne est membre du parti travailliste. Sa démission fin janvier a provoqué la tenue d'élections spéciales, qui ont eu lieu hier. Ce scrutin s'est en fait transformé en un véritable test de popularité pour le Labour et Keir Starmer en particulier. Le résultat n'est pas seulement un échec, il s'agit du pire scénario possible pour le parti travailliste : ce sont les verts qui lui ont ravi le siège. La candidate écologiste, plombière de métier, Hannah Spencer a convaincu 40,7 % des électeurs. On est donc loin de la lutte extrêmement serrée que les sondages prédisaient. Spencer a en effet terminé avec une large avance sur Reform UK (28,7 %) - le parti de droite de Nigel Farage. Avec 25,4 % des voix, le Labour doit se contenter d'une affligeante troisième place.
L'issue de ce scrutin n'a évidement aucune incidence sur la dynamique au sein du parlement. Les travaillistes disposent toujours d'une large majorité de plus de 400 sièges sur les 650 que compte la House of Commons. Mais le symbole est de taille. Depuis hier, le Labour doit mener une guerre sur deux fronts. Celui de droite, avec les conservateurs et surtout Nigel Farage, n’est pas nouveau. Mais aujourd’hui, les travaillistes perdent des plumes sur leur propre terrain à gauche.
Les élections spéciales d’hier ont servi de premier test électoral pour Zack Polanski, qui a pris les rênes du parti écologiste en septembre de l’année dernière. Depuis lors, les verts ont fortement progressé dans les sondages. La victoire d'hier est donc une excellente nouvelle et est de bon augure à l'approche de l'importante échéance du 7 mai. À cette date, les électeurs seront appelés aux urnes pour les élections législatives en Écosse et au Pays de Galles, ainsi que pour des élections locales un peu partout en Angleterre. L'instant sera crucial pour le chat aux neuf vies. Jusqu’à présent, Starmer est parvenu à rester en place malgré les pressions (des rumeurs de coup ont même circulé). Une défaite électorale à la Gorton et Denton pourraient néanmoins être la crise de trop pour lui.
Le délai de deux mois et demi qui nous sépare du 7 mai constitue encore une éternité, que ce soit sur le plan politique ou du point de vue des marchés financiers. C’est pourquoi la livre sterling digère relativement bien cette nouvelle dose d’incertitude politique aujourd’hui. Le cours EUR/GBP flirte avec ses sommets annuels de 0,875, mais sans implications techniques pour l’instant. Ce n'est qu'une question de temps. Les développements au 10 Downing Street pourraient accélérer le processus. En cas de rupture à la hausse, la voie s’ouvrirait vers 0,8769, avec le sommet de 2025 de 0,8865 comme seuil suivant.