BOE: une optimiste parmi les banques centrales?

Les marchés

Les mouvements de marché sont la plupart du temps le fruit d'un "positionnement relatif". Des nouvelles moins mauvaises provoquent ainsi souvent une réaction positive. A contrario, si des attentes élevées sont déçues, le marché réagit alors négativement. Ces derniers temps, nous avons été submergés par des ajustements négatifs des chiffres de croissance de la part de toute une série de banques centrales et autres organismes officiels. La Fed est devenue plus prudente, le président de la BCE Mario Draghi a fait état d'un accroissement des risques, la Commission européenne a revu ses prévisions de croissance à la baisse pour l'UEM et l'Allemagne s'attend à un net ralentissement de croissance cette année. À l'autre bout de la planète, la perspective d'un resserrement de taux s'est aussi éloignée avec le revirement de la Reserve Bank of Australia. C'est dans ce contexte que la Banque d'Angleterre (BoE) a présenté hier ses prévisions pour l'économie britannique et les implications de celles-ci sur sa politique.

La BoE n'a évidemment pas pu ignorer le nœud gordien des négociations sur le Brexit. La détérioration du contexte international et les incertitudes persistantes autour de la sortie du Royaume-Uni de l'UE ont forcé Carney & Co à revoir leurs prévisions de croissance à la baisse. La banque s'attend ainsi à une croissance de 1,2% cette année (contre 1,7% en novembre) et 1,5% l'année prochaine (1,7%). Plus surprenant, elle a aussi revu sa prévision pour 2021 à la hausse, de 1,7% à 1,9%! Si la BoE admet que le Brexit crée à court terme un climat d'incertitude économique plus lourd que d'habitude, elle continue aussi de penser que, si une sortie chaotique est évitée, la croissance britannique pourra repartir à la hausse dès la fin de cette année et les années suivantes. Après la période d'incertitude du Brexit, l'économie disposerait donc d'une marge pour un mouvement de rattrapage. La BoE compte également sur une politique budgétaire plus souple. Si l'on ajoute à cela la baisse générale des taux, la banque estime que cela suffira à compenser l'éventuel nouvel impact négatif du contexte international. Elle s'en tient donc à son analyse de novembre, selon laquelle la demande devrait, à terme, augmenter un peu plus rapidement que l'offre dans l'économie. L'inflation pourrait dès lors être légèrement supérieure à l'objectif de 2% à la fin de l'horizon de sa politique (2,1% en 2021). La BoE table par conséquent toujours sur une évolution à la hausse des taux, même si celle-ci devrait rester très limitée et très progressive. Le scénario a néanmoins été revu un peu à la baisse par rapport à novembre. Nous assisterons ainsi probablement à un relèvement de taux cette année et à un resserrement supplémentaire d'ici à 2021.

Les prévisions concernant l'inflation en 2021/2022 doivent naturellement être prises avec des pincettes. En termes de positionnement relatif, nous estimons que le signal envoyé par la BoE hier est tout à fait remarquable. À l'époque du référendum sur le Brexit en 2016, Carney & Co avaient été fortement critiqués par le monde politique pour s'être montrés trop négatifs par rapport aux possibles conséquences négatives du Brexit sur l'économie britannique. Ils n'essuieront pas ce type de critique cette fois-ci. L'issue politique du dossier du Brexit est et reste un immense risque binaire pour les marchés et pour l'économie (britannique). Si l'une des deux parties claque la porte des négociations, cela aura de lourdes répercussions sur la livre. Impossible toutefois d'ignorer la réaction positive de la monnaie britannique hier. Celui qui croit encore en la possibilité d'un compromis de dernière minute (ou un éventuel report) a pu se rendre compte hier que la BoE tablait encore, contrairement à de plus en plus de ses collègues, sur un scénario de hausse des taux directeurs. Une nouvelle positive (d'un point de vue relatif) pour la livre. Pour qu'une nouvelle vague généralisée de ventes de livres se déclenche, il faudra probablement un scénario de sortie chaotique et irréversible.

 

Figure - EUR/GBP: un plancher pour la livre grâce à l'optimisme de la BoE?

Source: Bloomberg

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Ce document a été préparé par le desk KBC – Economic Markets et n'a pas été rédigé par le département Research.  Le desk est composé de Mathias Van der Jeugt, Peter Wuyts en Mathias Janssens, analysts  à KBC Bank N.V., entreprise réglementée par l'Autorité des marchés et des services financiers (FSMA). Ces recommandations de marché sont le résultat d'une analyse qualitative, dans laquelle il y a place pour l'expérience passée et les évaluations personnelles. Les avis sont basés sur les conditions actuelles du marché et peuvent être modifiés à tout moment. Les contributions les plus importantes proviennent de données accessibles au public, de nouvelles financières, de la politique économique et monétaire et d'analyses techniques actuelles. Le desk desk KBC – Economic Markets a fait des efforts raisonnables pour obtenir ces informations de sources qu'il considère comme fiables, mais le contenu de ce document a été préparé sans faire une analyse substantielle de ces sources. Aucune évaluation n'a été faite pour déterminer si ces informations sont appropriées ou non pour un investisseur particulier. Les avis sont nos avis actuels à la date indiquée sur ce document et peuvent différer des recommandations précédentes en raison de l'évolution des conditions du marché. Les auteurs ne garantissent pas l'exactitude, l'exhaustivité ou la valeur (commerciale ou autre) de ce document. De même, les auteurs ne sont pas responsables envers quiconque reçoit ce résumé de toute perte ou dommage (qu'il s'agisse d'un délit (y compris la négligence), d'une rupture de contrat, d'une violation de la loi ou d'autres obligations) résultant d'un acte ou d'une omission sur la base de ce contenu, ou de toute réclamation contre les auteurs concernant le contenu ou les informations contenues dans ce document. Toutes les opinions exprimées dans le présent document reflètent le jugement au moment de la préparation de l'examen et sont susceptibles d'être modifiées sans préavis. Étant donné la nature de cet avis (lié à la monnaie et aux taux d'intérêt), il n'est généralement pas de nature spécifique.   Il n'y a donc aucune référence à un quelconque contrat de financement d'entreprise et il n'y a donc pas de vue d'ensemble sur 12 mois basée sur les différents avis. Ce document n'est valable que pour une période très limitée, en raison de l'évolution rapide des conditions du marché.

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