Moody’s dégrade la note de crédit de la Belgique
L’année dernière, c’est l’agence de notation Fitch qui avait commencé. Vendredi, son concurrent Moody’s lui a emboîté le pas et dégrade à son tour la note de crédit de la Belgique, de “AA” à “A”. Traduction: d’un profil de crédit très fort avec un risque de défaut très faible à un profil fort avec un risque faible. La capacité de remboursement est bonne, mais pourrait s’avérer plus vulnérable aux vents contraires économiques. Au sein de la catégorie A, Moody’s, tout comme Fitch, applique la plus élevée des trois sous-notations (A1 ou A+), avec des perspectives stables. La dernière agence de notation des “Big Three”, S&P, se démarque pour l’instant avec une notation de crédit AA (perspectives négatives), mais donnera son verdict vendredi de la semaine prochaine.
Le communiqué évoque un concours de circonstances défavorables pour les finances publiques. Moody’s anticipe des déficits budgétaires de plus de 5% du PIB dans les années à venir, ce qui entraînera une nouvelle hausse du taux d’endettement: de 104% du PIB fin 2024 à 116% fin 2030. La semaine dernière déjà, les chiffres du FMI indiquaient que le déficit budgétaire belge, à 5,3% du PIB, était (et restera) le plus important parmi les États membres de la zone euro. Cette base faible persiste malgré les mesures budgétaires et les réformes du gouvernement De Wever. Moody’s pointe en outre une lassitude des réformes au sein de la large coalition, qui se manifestait déjà à la fin de l’année dernière. Le ton un peu pessimiste fait état d’un défi fiscal qui dépasse la capacité politique et institutionnelle. Les mesures mises en œuvre ne suffisent pas non plus à compenser le coût croissant de l’effet boule de neige des taux d’intérêt, des dépenses en matière de défense et du vieillissement. D’autant plus qu’il y a moins d’argent qui rentre dans les caisses. Par contraste avec les périodes d’assainissement précédentes, la conjoncture n’est pas favorable. La croissance tendancielle belge retombe nettement en dessous de la moyenne de 1,5% de la période 2010-2019. KBC Economics table sur 0,6% cette année et 1,1% en 2027. À cette faiblesse conjoncturelle s’ajoute le choc d’offre énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient. En tant qu’importatrice nette d’énergie, la Belgique est vulnérable à la fois directement, par le biais des prix plus élevés, et indirectement, entre autres du fait de l’indexation des salaires et des risques de hausse de l’inflation et de baisse de la croissance.
En termes absolus, le taux belge à 10 ans reflète surtout les événements mondiaux cette année, avec un net rebond après le début de la guerre au Moyen-Orient. Pour la première fois depuis 2012, il a atteint 3,75%, légèrement au-dessus du pic précédent en 2023 (3,70%). À cet égard, la dynamique structurelle de la hausse des primes de risque en l’absence d’achats d’obligations par la BCE joue un rôle important. Relativement parlant, le taux belge à 10 ans ne cote que quelques points de base en deçà de celui de l’autre économie qui inquiète l’Europe: la France. Par rapport à la valeur refuge qu’est l’Allemagne, l’écart reste plus ou moins stable depuis plus de deux ans, entre 50 et 60 points de base. Contrairement à ce qui s’était produit, par exemple, pendant la période de la crise de la dette européenne, les investisseurs ne distinguent pas encore vraiment entre les pays d’après le profil de risque (de crédit). Pourtant, la question n’est sans doute pas de savoir si cela arrivera, mais bien quand.
Le taux belge à 10 ans a récemment atteint son niveau le plus élevé depuis 2012