NBP : bon coup tactique ou pari audacieux ?
La crise au Moyen-Orient provoque de fortes tensions et la tenue de comités de crise au sein de presque toutes les banques centrales. Jusqu’il y a quelques semaines, il semblait que tout évoluait encore dans la bonne direction en ce qui concerne l'inflation. Aujourd’hui, la hausse des prix de l’énergie menace de déclencher une nouvelle spirale inflationniste. Les banquiers centraux qui pensaient disposer encore de marge pour normaliser leur politique se trouvent face à un choix déchirant. Hier, c'est la banque centrale polonaise (NBP) qui a eu "l’honneur" d’être la première à mettre ses cartes sur la table. Jusqu’à ce week-end, le marché considérait une baisse de taux de 25 points de base (à 3,75 %) comme acquise, mais le doute s'est installé cette semaine. Le président, Adam Glapinski, et ses collègues ont tout de même franchi le pas. Une décision courageuse prise en toute confiance ? Ou plutôt un choix téméraire ? À voir… D'autres pays de la région qui envisagent également un assouplissement (la Hongrie et, dans une moindre mesure, la République tchèque) observent la réaction du marché avec plus d'attention que d'ordinaire. Le marché des changes devient à la fois un baromètre important et un accélérateur potentiel.
La NBP a pris sa décision en se fondant sur de nouvelles projections. Les perspectives d’inflation fortement revues à la baisse sont basées sur les données disponibles au 19 février, mais montrent une évolution des prix légèrement inférieure à l’objectif de 2,5 % (2026 : de 2,95 % en novembre à 2,25 %, 2027 : de 2,6 % à 2,4 %, 2028 : 2.55 %). Le zloty stable et relativement fort a soutenu cette tendance favorable. Depuis que la situation s’est calmée après le Liberation Day de l’année dernière, le cours EUR/PLN a connu une période de calme. Au début de la semaine, le zloty a cependant perdu 2 % par rapport à l’euro. La réaction après la décision de la NBP est restée étonnamment modérée, mais cela s'explique en partie par le bref recul de la volatilité sur les marchés hier. Tout à l'heure, Glapinski fera part de ses commentaires et de son évaluation des risques lors d’une conférence de presse.
Il est possible qu'il ait fait le "calcul tactique" que, compte tenu des perspectives favorables, la NBP pouvait encore justifier un nouveau rapprochement vers le taux d'intérêt neutre (comme "promis" le mois dernier). En cas de persistance des incertitudes ou de nouvel affaiblissement du zloty, cette fenêtre d’opportunité risquait de se refermer rapidement. Dans le contexte actuel, il est loin d'être certain que d'autres collègues, comme la banque centrale hongroise (24 mars), disposeront encore d'une telle marge de manœuvre.
Encore quelques mots sur le zloty et d'autres monnaies de la région (couronne tchèque et forint hongrois). Après une appréciation constante et un contexte de faible volatilité l'année dernière, ces devises sont à nouveau à la merci du sentiment général vis-à-vis du risque. La correction demeure jusqu'à présent limitée, surtout comparé à l’appréciation de l’année dernière (voir le graphique). Elles peuvent en effet encore compter sur un taux directeur réel positif. Comme pour presque tous les marchés, la durée du conflit actuel sera le facteur déterminant. Plus la volatilité et la hausse des prix de l'énergie persisteront, plus le risque d'une spirale auto-alimentée sera grand : affaiblissement de la monnaie, baisse des taux réels (via une inflation importée plus élevée), possible nouvelle dépréciation....
Cours normalisé EUR/HUF, EUR/CZK et EUR/PLN (1/2024 = 100) : les dégâts restent limités pour l’instant, mais l’heure tourne…