La CBRT s'aventure à nouveau sur le marché des changes

Les marchés

Jamais avare de déclarations incendiaires et porteur d'une vision pour le moins originale, le président turc Recep Erdogan effraie régulièrement les investisseurs. Cela rappelle un passé pas si lointain, lorsque Trump régnait sur Washington. À l’instar de son ancien collègue américain, le président turc s'est fait une place de choix dans les les médias financiers. Et les articles sur Erdogan et la lire turque se sont d'ailleurs aussi multipliés chez nous.

Erdogan plaide depuis toujours pour des taux directeurs bas. Il a d'ailleurs encore insisté sur ce point en début de semaine. Selon lui, la faiblesse des taux stimulerait la croissance tout en freinant l’inflation. Cela va à l’encontre de la théorie classique. Il n'y a évidemment rien de mal à avoir un avis différent. Mais cela devient un problème lorsque l’on impose son point de vue manu militari dans une économie qui, pour son fonctionnement, dépend d’un monde extérieur qui ne pense pas du tout de la même façon. La Turquie n'a donc plus la confiance du marché. Et la principale victime de cette crise de confiance est la lire turque. Tant vis-à-vis de l’euro que du dollar, la devise a déjà perdu plus de 40 % cette année. Certains membres de la banque centrale turque (CBRT) ont tenté de regagner la confiance du marché en relevant le taux directeur. Mais ils ont été rapidement remerciés pour services rendus. Dans sa volonté de maintenir une politique monétaire souple, Erdogan a déjà remanié à plusieurs reprises la direction de la CBRT : en cinq ans - la durée normale d'un mandat -, la direction de la banque a changé à quatre reprises. L’actuel président, Sahap Kavcioglu, a entre-temps abaissé le taux directeur de 400 points de base cumulés, à 15 %. Avec un taux d’inflation attendu demain à plus de 20 % pour le mois de novembre, le taux directeur réel est encore plus négatif que dans la zone euro. Comment, dans ces conditions, convaincre les investisseurs étrangers ? Ce n'est tout simplement pas possible.

Le rythme soutenu de la dépréciation de la devise turque commence tout de même à préoccuper au sein de la CBRT. Un cycle de relèvement agressif des taux reste la solution la plus indiquée pour stopper l'hémorragie. Mais comme ce n’est pas envisageable, la banque a donc cherché une alternative : des interventions sur le marché des changes. Officiellement, la dernière fois que la CBRT a vendu des euros et des dollars en échange de lires turques remonte à 2014 (pour un montant d’un peu plus de 3 milliards de dollars). Mais officieusement, elle l’a également fait en 2019 et 2020, pour des dizaines de milliards de dollars. Sans succès d’ailleurs. Selon le Financial Times, l'intervention d'hier a porté sur un montant d'à peine 0,5 milliard de dollars. De la petite monnaie. On ignore ce que la banque centrale espère atteindre en procédant ainsi. Le retour de cet instrument a en revanche enraîné la démission du ministre des Finances, Lutfi Elvan. Le dernier des Mohicans orthodoxes dénonçait depuis longtemps la politique économique et monétaire menée. Son successeur, Nureddin Nebati, fait partie du cercle restreint de Berat Albayrak, le prédécesseur d’Elvan et... l’architecte des interventions de 2019-2020.

La faiblesse du montant de l'intervention hier s'explique facilement. Les réserves de change de la CBRT sont quasiment, voire totalement, épuisées. De plus, le peu dont la banque dispose a été entièrement emprunté et elle devra donc tôt ou tard le récupérer et le rembourser. Des interventions comme celles d’hier sont donc dès le départ vouées à l'échec. Face à une pression du marché bien plus grande que les poches de la CBRT, la devise turque continue de reculer aujourd'hui. Le cours EUR/TRY s'est installé au-dessus de la barre de 15 et le cours USD/TRY se trouve à mi-chemin entre 13 et 14.

EUR/TRY : la CBRT a essayé, mais...

Bron: Bloomberg

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