Divergence de point de vue

Les marchés

La BCE se penchera sur sa politique ce jeudi. Reste à voir si l'on assistera à une "grand-messe" monétaire. La BCE ne disposera pas de nouvelles prévisions pour justifier un éventuel ajustement. Mais la présidente, Christine Lagarde, va tout de même se faire interroger sur l'évolution de la situation depuis la dernière réunion. Les marchés s’éloignent en effet de plus en plus de l’analyse de la BCE et de la "forward guidance".

Tout tourne autour de l’inflation. L’inflation générale est passée de 3 % à 3,4 % en septembre et l'inflation de base de 1,6 % à 1,9 %. Un citoyen informé – inquiet par rapport à son pouvoir d’achat et étonné par le taux d’intérêt toujours quasiment nul sur son livret d’épargne – pourrait chercher l’explication dans la (nouvelle) politique de communication de la banque exposée sur son site web. En résumé, elle dit ceci : Afin de soutenir l’objectif d’inflation symétrique de 2%, la BCE s’attend à ce que les taux d’intérêt restent à leur niveau actuel ou à un niveau inférieur jusqu’à ce que l’inflation atteigne 2 % bien avant la fin de la période de projection et s'installe durablement à ce niveau pour le reste de la période de projection, et la BCE estime que l’inflation sous-jacente est conforme à une inflation de 2 % à moyen terme. Sur la base des chiffres actuels et de sa propre expérience de consommateur, ce même citoyen informé en est sans doute arrivé à la conclusion que les conditions commençaient doucement à être remplies. Erreur ! En septembre, le modèle des spécialistes de la BCE indiquait encore que le consommateur ne devait pas s’inquiéter. L’année prochaine (1,7 %) et en 2023 (1,5 %), nous serons encore bien loin d'une érosion du pouvoir d’achat de 2,0 %. L’économiste en chef de la Banque centrale européenne, Philip Lane, a encore récemment confirmé que le consommateur s’inquiétait à tort de ces hausses de prix. Celles-ci sont de nature temporaire.

Ce citoyen n'est pas le seul à se poser des questions sur son pouvoir d’achat : le marché a le même sentiment. Ce dernier est convaincu que les prévisions d’inflation sont supérieures ou égales à 2 % (swap d’inflation à 2 ans à 2,60 %, 5 ans : 2,26 %, 10 ans : 2.18 %). Une fois de plus, cela confirme le sentiment que la (les) condition(s) mentionnée(s) est (sont) dans une large mesure remplie(s). Le consommateur bien informé n’est lui-même pas en mesure d'exprimer leurs doutes à propos de l’analyse de la BCE. Les marchés peuvent en revanche le faire. Si la BCE n’est pas prête à intervenir dès à présent contre l’inflation, le marché exigera quoiqu’il arrive sa "prime de risque". Depuis la réunion de septembre, la hausse des prévisions d’inflation a fait grimper le taux swap à 10 ans en euros d’environ 30 points de base. Si la BCE évoque déjà à l’heure actuelle la réduction progressive des incitants monétaires, elle vise surtout les achats d’obligations après le mois de mars de l’année prochaine. Aux yeux du marché, ce débat est devenu secondaire lorsqu'il s'agit de combattre l'inflation. Si cele-ci reste vraiment élevée plus longtemps que prévu par la BCE, le taux directeur devra alors être relevé. À l’instar de l’économiste en chef de la BCE, la présidente de la banque, Christine Lagarde, va probablement répéter que le marché ne comprend pas bien la communication de la BCE. Une remise en cause de la pertinence de la "forward guidance", comme évoqué par l’économiste en chef de la Banque d'Angleterre la semaine dernière, n’est probablement pas du tout à l’ordre du jour.

Nous vous informerons si la BCE change son fusil d'épaule, mais nous craignons que l’écart entre le sentiment anecdotique de notre citoyen bien informé et l’évaluation du marché, d’une part, et l’analyse de la BCE, d’autre part, ne se sera pas ou pratiquement pas resserré ce jeudi. Pour le marché, cela signifie une poursuite des tendances observées depuis septembre : une hausse des prévisions d’inflation et, éventuellement, des taux à court terme plus élevés parce que le marché craint que la BCE ne doive rattraper le temps perdu. Pour l’euro, cela reste un emplâtre sur une jambe de bois. 

Swap d’inflation à 10 ans dans la zone euro : prévisions d’inflation toujours pas ancrées autour de 2 % ?

Bron: Bloomberg

Disclaimer:

Ce document a été préparé par le desk KBC – Economic Markets et n'a pas été rédigé par le département Research.  Le desk est composé de Mathias Van der Jeugt, Peter Wuyts en Mathias Janssens, analysts  à KBC Bank N.V., entreprise réglementée par l'Autorité des marchés et des services financiers (FSMA). Ces recommandations de marché sont le résultat d'une analyse qualitative, dans laquelle il y a place pour l'expérience passée et les évaluations personnelles. Les avis sont basés sur les conditions actuelles du marché et peuvent être modifiés à tout moment. Les contributions les plus importantes proviennent de données accessibles au public, de nouvelles financières, de la politique économique et monétaire et d'analyses techniques actuelles. Le desk desk KBC – Economic Markets a fait des efforts raisonnables pour obtenir ces informations de sources qu'il considère comme fiables, mais le contenu de ce document a été préparé sans faire une analyse substantielle de ces sources. Aucune évaluation n'a été faite pour déterminer si ces informations sont appropriées ou non pour un investisseur particulier. Les avis sont nos avis actuels à la date indiquée sur ce document et peuvent différer des recommandations précédentes en raison de l'évolution des conditions du marché. Les auteurs ne garantissent pas l'exactitude, l'exhaustivité ou la valeur (commerciale ou autre) de ce document. De même, les auteurs ne sont pas responsables envers quiconque reçoit ce résumé de toute perte ou dommage (qu'il s'agisse d'un délit (y compris la négligence), d'une rupture de contrat, d'une violation de la loi ou d'autres obligations) résultant d'un acte ou d'une omission sur la base de ce contenu, ou de toute réclamation contre les auteurs concernant le contenu ou les informations contenues dans ce document. Toutes les opinions exprimées dans le présent document reflètent le jugement au moment de la préparation de l'examen et sont susceptibles d'être modifiées sans préavis. Étant donné la nature de cet avis (lié à la monnaie et aux taux d'intérêt), il n'est généralement pas de nature spécifique.   Il n'y a donc aucune référence à un quelconque contrat de financement d'entreprise et il n'y a donc pas de vue d'ensemble sur 12 mois basée sur les différents avis. Ce document n'est valable que pour une période très limitée, en raison de l'évolution rapide des conditions du marché.

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