May fait plier les "hard brexiters"

Les marchés

La Première ministre britannique Theresa May a remporté hier une victoire rare. Elle a fait plier tous les "hard brexiters" les uns après les autres, mettant à genoux leur figure de proue, Jacob Rees-Mogg. Ce fervent partisan d'une sortie sans concession a compris qu'il se trouvait désormais le dos au mur: camper sur ses positions ne servira à rien et pourrait même accroître la probabilité d'un séjour prolongé au sein de l'Union européenne. La seule option qui reste pour ce dernier des Mohicans en faveur d'un "brexit dur" est d'accepter du bout des lèvres l'accord initial proposé par May. "If you can’t beat them, join them…" ("si vous ne pouvez pas les battre, rejoignez-les..."). Encore un mois et la “dancing queen”, dont le sens du rythme rappelle la danse du robot que fait le footballeur anglais Peter Crouch pour célébrer un but, entrera, malgré son parcours chaotique, dans les livres d'histoire comme la sauveuse de la nation.

Le Parlement britannique s'est réuni hier pour voter une série d'amendements à l'accord sur le brexit. Les députés ont gravé dans le marbre la promesse de Theresa May de laisser le dernier mot au Parlement. Concrètement, la Première ministre continuera de discuter avec les Européens en début mars. L'UE refuse de rouvrir les discussions sur l'accord déjà négocié, mais elle n'exclut pas la possibilité d'y ajouter une annexe. Celle-ci portera sur la solution au problème de la frontière irlandaise. Mais il s'agira surtout d'un exercice de dialectique visant à permettre aux "hard brexiters" de ne pas perdre totalement la face s'ils décident d'apporter leur soutien à l'accord. Rees-Mogg et ses alliés craignent que la stratégie d'épuisement menée par l'Europe finisse par véritablement fatiguer les Britanniques. Le virage à 180° opéré par le Labour, désormais favorable à la tenue d'un nouveau référendum, ou la création du nouveau parti "The Independent Group", témoignent ainsi d'une certaine lassitude. Le report provisoire de l'échéance du 29 mars pourrait prendre un caractère permanent. Et dans ce cas, tous les efforts déployés par les "brexiters" au cours de ces deux dernières années n'auront servi à rien.

Le jour J au Parlement britannique sera le mardi 12 mars. Une approbation de l'accord de divorce négocié par May permettrait aux deux parties de se quitter "en bons termes". Le sommet européen des 21 et 22 mars constituerait alors le point d'orgue d'un processus qui se sera avéré particulièrement pénible. Mais si le Parlement recale à nouveau cet accord, un nouveau vote sera organisé le 13 mars. Les députés devront alors dire s'ils souhaitent sortir de l'UE sans accord ("no deal"). S'ils refusent, un troisième et dernier vote sera alors organisé le 14 mars sur l'éventuel report de l'échéance du 29 mars. En cas d'issue positive, le texte sera officiellement ratifié par toutes les parties au sommet européen de fin mars. Attention: si aucune majorité en faveur d'un report n'est obtenue à Westminster, ce sera un retour à la case du "no deal".

La réaction des marchés après la capitulation de Rees-Mogg parle d'elle-même. La livre sterling s'est fortement appréciée. Le cours EUR/GBP a définitivement laissé derrière lui la zone de support de 0,86 et s'est replié en direction de 0,8550. D'un point de vue technique, les prochains seuils se situent autour de 0,8250/0,83. Les investisseurs attendent probablement les votes de début mars pour jouer pleinement la carte de la livre. Les taux britanniques ont gagné jusqu'à 6 points de base et ont emmené dans leur sillage les taux européens et américains. Le marché table actuellement sur un brexit doux ou sur une prolongation de la date butoir. Ces deux scénarios devraient permettre à la Banque d'Angleterre de poursuivre la normalisation prudente de sa politique.
 

Figure - EUR/GBP: la livre rebondit après la capitulation des "hard brexiters".

Source: Bloomberg

Disclaimer:

Ce document a été préparé par le desk KBC – Economic Markets et n'a pas été rédigé par le département Research.  Le desk est composé de Mathias Van der Jeugt, Peter Wuyts en Mathias Janssens, analysts  à KBC Bank N.V., entreprise réglementée par l'Autorité des marchés et des services financiers (FSMA). Ces recommandations de marché sont le résultat d'une analyse qualitative, dans laquelle il y a place pour l'expérience passée et les évaluations personnelles. Les avis sont basés sur les conditions actuelles du marché et peuvent être modifiés à tout moment. Les contributions les plus importantes proviennent de données accessibles au public, de nouvelles financières, de la politique économique et monétaire et d'analyses techniques actuelles. Le desk desk KBC – Economic Markets a fait des efforts raisonnables pour obtenir ces informations de sources qu'il considère comme fiables, mais le contenu de ce document a été préparé sans faire une analyse substantielle de ces sources. Aucune évaluation n'a été faite pour déterminer si ces informations sont appropriées ou non pour un investisseur particulier. Les avis sont nos avis actuels à la date indiquée sur ce document et peuvent différer des recommandations précédentes en raison de l'évolution des conditions du marché. Les auteurs ne garantissent pas l'exactitude, l'exhaustivité ou la valeur (commerciale ou autre) de ce document. De même, les auteurs ne sont pas responsables envers quiconque reçoit ce résumé de toute perte ou dommage (qu'il s'agisse d'un délit (y compris la négligence), d'une rupture de contrat, d'une violation de la loi ou d'autres obligations) résultant d'un acte ou d'une omission sur la base de ce contenu, ou de toute réclamation contre les auteurs concernant le contenu ou les informations contenues dans ce document. Toutes les opinions exprimées dans le présent document reflètent le jugement au moment de la préparation de l'examen et sont susceptibles d'être modifiées sans préavis. Étant donné la nature de cet avis (lié à la monnaie et aux taux d'intérêt), il n'est généralement pas de nature spécifique.   Il n'y a donc aucune référence à un quelconque contrat de financement d'entreprise et il n'y a donc pas de vue d'ensemble sur 12 mois basée sur les différents avis. Ce document n'est valable que pour une période très limitée, en raison de l'évolution rapide des conditions du marché.

Publications liées

La CBRT s'aventure à nouveau sur le marché des changes

La CBRT s'aventure à nouveau sur le marché des changes

Powell enterre la notion d’inflation

Powell enterre la notion d’inflation

Franc suisse inarrêtable... ?

Franc suisse inarrêtable... ?

Le nouveau variant du coronavirus donne des sueurs froides aux marchés

Le nouveau variant du coronavirus donne des sueurs froides aux marchés
Nous utilisons des cookies et technologies similaires pour garantir le bon fonctionnement de notre site internet et rendre votre navigation plus agréable. Ils nous permettent aussi d’adapter notre site à vos besoins et préférences. En continuant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de ces cookies. Vous souhaitez en savoir plus? Ou vous n’êtes pas d’accord? Cliquez ici.