Les obligations vertes montent en puissance

Les marchés

En décembre 2016, la Pologne avait eu le prestigieux honneur d’être le premier émetteur d’une obligation souveraine "verte", au nez et à la barbe de la France. Une surprise, car, à l’époque, la Pologne était encore propriétaire, entre autres, de l'usine la plus polluante de l’UE : la centrale thermique au charbon de Belchatow. Bien déterminés à mettre en pratique l’Accord de Paris sur le climat, les Français avaient, quant à eux, finalement dû se contenter de la deuxième place, en janvier 2017.

Depuis lors, le marché des obligations (d’État) vertes s’est lentement mais sûrement développé. En Europe, la Belgique, la Lituanie et l’Irlande ont suivi en 2018. Et ces pays ont été rejoints par les Pays-Bas, la Suède, la Hongrie, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne au cours des années suivantes. Globalement, l’émission de nouvelles obligations d’État vertes n'a cessé d'augmenter. Après le premier montant légèrement inférieur à 1 milliard d’euros de la Pologne en 2016, les émissions nettes ont augmenté d’environ 10 milliards d’euros par an jusqu’à l’année dernière.

Cette année, le marché des obligations d’État vertes a connu un coup d'accélérateur. Les émissions nettes ont déjà plus que doublé par rapport à l’année dernière (+/- 75 milliards d’euros). La conférence sur le climat de Glasgow (reportée du 31 octobre au 12 novembre) a indirectement convaincu le Royaume-Uni de faire aussi son entrée sur le marché. Pendant un mois, l’obligation sur 12 ans a réussi à conserver son titre de plus grande émission verte jamais réalisée. Le Trésor britannique est ainsi parvenu à lever pas moins de 10 milliards de livres,  profitant de la très forte demande (90 milliards de livres). Mais le Royaume-Uni vient d'être détrôné par l'UE cette semaine. La première obligation verte européenne, d’une durée de 15 ans, a attiré un record de 135 milliards d'euros d'ordres des investisseurs. La Commission européenne a finalement placé 12 milliards d’euros sur le marché. L'appétit des investisseurs pour les obligations vertes n'est pour le moment pas encore rassasié, si bien que les émetteurs peuvent même les placer à des coûts un peu moins élevés que ceux de la dette ordinaire. La probabilité que cette prime verte (greenium) disparaisse lentement est réelle sur ce marché en croissance exponentielle.

L’Union européenne entend jouer un rôle dans la transition écologique. Dans le cadre du financement de son fonds de relance NextGenerationEU (750-800 milliards d’euros), l’UE deviendra un émetteur en série au cours des prochaines années. Pour cette année, l’institution a tablé sur 80 milliards d’euros. Entre 2022 et 2026, les volumes nets augmenteront à 150 milliards d’euros par an. La Commission européenne souhaite qu'un tiers des émissions passe par des obligations vertes. Concrètement, les États membres devront consacrer ces fonds à des projets spécifiques autour, par exemple, de l'efficacité énergétique, du transport ou de la préservation de la nature. La crise de l’énergie qui affecte actuellement le continent européen ne fait que renforcer encore la demande de sources d’énergie et de projets alternatifs, respectueux de l’environnement. Le grand absent reste pour le moment les États-Unis. Le Trésor américain n’a encore aucun plan concret pour surfer sur cette vague verte. On entend toutefois ci et là que Biden pourrait/voudrait utiliser les travaux d’infrastructure prévus (après approbation par le Congrès) pour amorcer le mouvement de rattrapage.

Mathias Van der Jeugt, salle des marchés KBC

Évolution des émissions nettes d’obligations d’État vertes (source : Bloomberg).

Disclaimer:

Ce document a été préparé par le desk KBC – Economic Markets et n'a pas été rédigé par le département Research.  Le desk est composé de Mathias Van der Jeugt, Peter Wuyts en Mathias Janssens, analysts  à KBC Bank N.V., entreprise réglementée par l'Autorité des marchés et des services financiers (FSMA). Ces recommandations de marché sont le résultat d'une analyse qualitative, dans laquelle il y a place pour l'expérience passée et les évaluations personnelles. Les avis sont basés sur les conditions actuelles du marché et peuvent être modifiés à tout moment. Les contributions les plus importantes proviennent de données accessibles au public, de nouvelles financières, de la politique économique et monétaire et d'analyses techniques actuelles. Le desk desk KBC – Economic Markets a fait des efforts raisonnables pour obtenir ces informations de sources qu'il considère comme fiables, mais le contenu de ce document a été préparé sans faire une analyse substantielle de ces sources. Aucune évaluation n'a été faite pour déterminer si ces informations sont appropriées ou non pour un investisseur particulier. Les avis sont nos avis actuels à la date indiquée sur ce document et peuvent différer des recommandations précédentes en raison de l'évolution des conditions du marché. Les auteurs ne garantissent pas l'exactitude, l'exhaustivité ou la valeur (commerciale ou autre) de ce document. De même, les auteurs ne sont pas responsables envers quiconque reçoit ce résumé de toute perte ou dommage (qu'il s'agisse d'un délit (y compris la négligence), d'une rupture de contrat, d'une violation de la loi ou d'autres obligations) résultant d'un acte ou d'une omission sur la base de ce contenu, ou de toute réclamation contre les auteurs concernant le contenu ou les informations contenues dans ce document. Toutes les opinions exprimées dans le présent document reflètent le jugement au moment de la préparation de l'examen et sont susceptibles d'être modifiées sans préavis. Étant donné la nature de cet avis (lié à la monnaie et aux taux d'intérêt), il n'est généralement pas de nature spécifique.   Il n'y a donc aucune référence à un quelconque contrat de financement d'entreprise et il n'y a donc pas de vue d'ensemble sur 12 mois basée sur les différents avis. Ce document n'est valable que pour une période très limitée, en raison de l'évolution rapide des conditions du marché.

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