La pandémie « infecte » également les taux de croissance économique de la belgique

Opinion économique

L’économie belge a surpris au quatrième trimestre 2020 avec une croissance de +0,2% par rapport au trimestre précédent. La plupart des économistes, dont nous, ont supposé que la croissance du PIB par rapport au trimestre précédent aurait été négative à la lumière de la deuxième vague de la pandémie. Le chiffre du PIB meilleur que prévu fournit un important excédent de croissance statistique à la fin de l’année. En conséquence, nous avons revu sensiblement à la hausse nos prévisions de croissance annuelle du PIB belge en 2021, de 2,2 % à 4,1 %. Cette révision ne doit pas être interprétée comme une évolution vers un scénario plus optimiste ou une dynamique de croissance plus forte jusqu’en 2021. Les circonstances actuelles de la pandémie nous ont même amenés à affaiblir légèrement la trajectoire de croissance trimestrielle du PIB au cours du premier semestre de l’année. Nous continuons à voir la reprise de l’économie belge se renforcer de manière plus substantielle seulement à partir du troisième trimestre.

La croissance économique est généralement exprimée par l’évolution du produit intérieur brut (PIB) sur une certaine période de temps. Il s’agit souvent d’une année. La variation annuelle du PIB reflète alors l’augmentation ou la diminution par rapport à l’année précédente, généralement exprimée en pourcentage. Mais pour mesurer le pouls réel de l’économie, une année est une période assez longue. Pour avoir une idée rapide des fluctuations, nous examinons également les variations trimestrielles. La croissance économique peut s’accélérer ou se ralentir tout au long de l’année, voire changer radicalement. C’était très clairement le cas en 2020 en raison de la pandémie de covid-19. Parfois, ces différents points de vue donnent une image floue.

La ligne bleu foncé de la figure 1 montre l’évolution du PIB belge de 2018 à 2020, exprimée sous forme d’indice, avec une valeur de 100 au quatrième trimestre de 2018. Le graphique montre que la croissance du PIB en 2019, en glissement trimestriel, s’est accélérée, passant de 0,2 % au premier trimestre à 0,6 % au quatrième trimestre. Le taux de croissance trimestriel moyen était de 0,4 % et, au quatrième trimestre de 2019, le PIB était supérieur de 1,6 % à celui de l’année précédente. Pourtant, dans les tableaux avec les données annuelles, un chiffre de croissance de 1,7 % apparaît pour l’économie belge en 2019. Ce chiffre fait référence à la différence en pourcentage entre le niveau moyen du PIB en 2018 et 2019. Dans le graphique, cela est représenté par les lignes bleu clair pour chaque année. Ainsi, la ligne bleu clair en 2019 est supérieure de 1,7 % à celle de 2018.

Si la croissance ne fluctue pas trop, ces différentes mesures de la croissance ne s’écartent pas trop les unes des autres. Les variations des taux de croissance annuels donnent alors une image raisonnablement bonne et surtout simple du développement économique. Mais en cas de fortes fluctuations de la croissance d’un trimestre à l’autre, les différences peuvent devenir beaucoup plus importantes. C’était le cas en 2020 en raison de la pandémie, comme le montre la ligne bleu foncé du graphique.

Une contraction de 3,4 % au premier trimestre a été suivie d’une nouvelle baisse, beaucoup plus forte, de 11,8 % au deuxième trimestre. Le troisième trimestre a été suivi d’une forte reprise de 11,6 %, après quoi l’économie a connu une légère croissance de 0,2 % au quatrième trimestre. Au final, le PIB belge à la fin de 2020 était inférieur de 4,8 % à celui de la fin de 2019 et la contraction moyenne par trimestre était de 1,2 %. Mais le préjudice total pour l’économie belge, représenté par les lignes bleu clair, s’élevait à 6,2 % en 2020. Ce chiffre apparaît dans les tableaux comme le taux de croissance annuel.

En provoquant de fortes fluctuations de l’économie, la pandémie « infecte » encore plus la valeur informative des mesures de croissance habituelles. Le graphique montre que la différence entre le niveau du PIB au quatrième trimestre de 2020 et le niveau moyen du PIB en 2020 est beaucoup plus importante que les années précédentes. Cette différence est appelée « effet d’entraînement statistique » ou « surabondance ». Elle détermine la part de croissance de l’année passée qui est déjà acquise pour le taux de croissance moyen de l’année suivante. En effet, si la ligne bleu foncé du graphique maintient le niveau du quatrième trimestre de 2020 pendant les quatre trimestres de 2021, la ligne bleu clair de 2021 sera supérieure de 2,4 % à celle de 2020. Ainsi, sans aucune croissance économique trimestrielle en 2021, la croissance annuelle du PIB serait déjà de 2,4 %.

Bien sûr, le surplomb n’est pas typiquement belge. Son ampleur varie d’un pays à l’autre, en fonction du profil des fluctuations économiques. Parmi les principaux pays de la zone euro pour lesquels des chiffres de PIB ont été publiés pour le quatrième trimestre 2020, la Belgique, avec l’Espagne et l’Italie, occupe une position intermédiaire entre l’Allemagne, où le dépassement de 2020 à 2021 n’est « que » de 1,5%, et la France, avec un dépassement de 3,6%. L' »infection » des chiffres de croissance brouille donc également la comparaison internationale des chiffres de croissance. Pour la zone euro, le dépassement est de 2,1 %.

Perspectives revues à la hausse

En raison du chiffre du PIB du quatrième trimestre meilleur que prévu (+0,2% par rapport au trimestre précédent), le dépassement statistique à la fin de 2020 (+2,4%) a également été plus élevé que prévu. Le dépassement de 2020 à 2021 était de loin le plus élevé des dernières décennies (figure 2). Dans des circonstances normales, ce dépassement ne change pas beaucoup d’une année à l’autre et ne déforme pas le tableau brossé par les chiffres de la croissance annuelle. Pendant la Grande Récession qui a suivi la crise financière, l’excédent de 2008 à 2009 était également important, mais négatif à l’époque.

Ce dépassement, plus important que prévu, a d’énormes conséquences sur nos perspectives de croissance du PIB réel belge en 2021. Plus précisément, elle a été révisée sensiblement à la hausse, passant de 2,2 % à 4,1 %. Ce nouveau chiffre donne l’impression d’une reprise beaucoup plus forte que ce que nous prévoyons réellement. En effet, plus de la moitié de ce chiffre est constituée de surplus déjà acquis. La révision ne doit donc pas être interprétée comme une évolution vers un scénario plus optimiste ou une dynamique économique plus forte jusqu’en 2021. Les circonstances actuelles de la pandémie nous ont même amenés à adoucir légèrement la trajectoire de croissance trimestrielle du PIB au cours du premier semestre de l’année. Ce n’est qu’à partir du troisième trimestre que nous constatons un renforcement plus important de la reprise.

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